Dialogue croisé entre les lignes

CHRISTINE : Quand j'étais petite, je marchais sur les lignes. Maintenant que je suis grande, j'écris dessus.

ALAIN : Moi je n'ai jamais été petite, mais je marchais sur les bords du trottoir. Fallait pas glisser, sinon c'était la chute dans le Grand Canyon du Colorado.

CHRISTINE : N'importe quoi ! Moi je dis qu'au fond du gouffre, il y a un monstre. Cette histoire, d'abord, elle est née à Bruxelles. Pourquoi ? Secret d'État !

ALAIN : Moi je, moi je… De toute façon, au-dessous de tous les trottoirs de toutes les villes, il existe, ce vide profond et noir.

CHRISTINE : Dans le livre, on se promène avec la petite fille, on la suit sur la ligne jaune qui traverse un espace rêvé, passant les ponts, les maisons, l'horizon. J'aime l'instant où la nuit tombe sur les pavés. Il y a ce silence si particulier…

ALAIN : Je devais restituer cette immense solitude dans les images. J'ai donc réduit la petite fille à un pictogramme lumineux de passage pour piétons ; elle déambule dans un paysage aux limites de l'abstraction.

CHRISTINE : Nous avons réfléchi ensemble aux illustrations. J'avais en tête des tableaux de Paul Klee, mon peintre préféré.

ALAIN : …et je me suis plongé dans son univers urbain, fait de triangles, de carrés colorés et mélancoliques, et de lignes, bien sûr.

CHRISTINE : On en revient à elles. Lignes droites, courbes, brisées, métaphoriques. Il en ressort une angoisse palpable dans le texte comme dans les illustrations, pourtant très vives. Cet album permet justement aux enfants de se libérer de peurs souvent inexplicables.

ALAIN : Oui, et à la fin, la petite fille rompt la solitude pour se livrer à un nouveau jeu : la marelle.

CHRISTINE : Un jeu où la règle consiste à éviter les lignes. J'y ai également joué.

ALAIN : Moi aussi, quelle coïncidence !

CHRISTINE : Je prenais n'importe quoi, même un noyau de cerise, pour atteindre le ciel ! (À cette époque, je croyais encore pouvoir le toucher !)

ALAIN : Et moi, j'utilisais systématiquement une petite boîte rouge, une boîte à éponge.

CHRISTINE : Et ton éponge, elle servait à effacer quoi ?

ALAIN : Ça, c'est mon secret !


Analyse iconographique de l'album
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